En mai 2025, Mark Carney, qui venait d’être élu premier ministre, promettait qu’il allait continuer de faire avancer la réconciliation avec les peuples autochtones. Depuis, son gouvernement sape systématiquement les maigres progrès réalisés depuis la publication, en 2015, du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation, qui concluait que le Canada avait perpétré un génocide culturel.
C’est un grand classique chez la classe politique : dire une chose, puis faire son contraire. Il y a un an, le premier ministre était un politicien novice. Ce n’est manifestement plus le cas. À l’approche de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, il a vanté les remarquables efforts de son gouvernement pour nouer des liens de nation à nation avec les gouvernements autochtones.
Ce qu’il passe sous silence, c’est le tort causé par ses politiques.
Les communautés inuites, métisses et des Premières Nations vont continuer d’être touchées par certaines des plus importantes compressions visant les dépenses publiques.
Un exemple flagrant? Les réductions de financement et d’effectifs touchant Nòkwewashk, une initiative phare de Ressources naturelles Canada qui vise à trouver des moyens respectueux pour collaborer avec les Premières Nations, les Inuit·es et les Métis·ses dans les projets liés aux ressources naturelles. À l’heure où les grands projets constituent une priorité absolue pour le gouvernement Carney, couper dans les programmes qui visent à impliquer concrètement les communautés autochtones, c’est un pas de géant dans la mauvaise direction. Le premier ministre, semble-t-il, pense qu’il peut miner les relations avec les gouvernements autochtones dans le cadre de ses initiatives « d’intérêt national »… tout en vantant les mérites de la réconciliation.
Les réductions d’effectifs nuisent aussi à Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada dans ses efforts pour mettre en œuvre les traités modernes et les ententes d’autonomie gouvernementale qui existent déjà, et pour en négocier d’autres de bonne foi. Bref, le gouvernement va à l’encontre de sa propre stratégie pour assurer l’autodétermination des nations autochtones. En outre, lorsqu’une entente est remise en cause, les gouvernements autochtones risquent d’être confrontés à des difficultés sociofinancières accrues.
Au bout du compte, le gouvernement Carney se réclame de la réconciliation tout en éliminant les ressources nécessaires pour en faire une réalité. Les Autochtones qui ont survécu aux pensionnats attendent encore des dizaines de millions de documents gouvernementaux détaillant les crimes commis à leur endroit et à l’endroit de leur peuple. Or, les fonctionnaires du fédéral qui traitent les demandes fondées sur le principe de Jordan, négocient les droits issus des traités, soutiennent le financement des services de santé dirigés par les Autochtones, enquêtent sur les sépultures non marquées, et apportent leur soutien aux survivantes et aux proches des femmes et des filles autochtones disparues ou assassinées voient leurs équipes rétrécir et leur efficacité diminuer.
Évidemment, ces compressions sont un double coup dur pour les fonctionnaires autochtones qu’emploient bon nombre des programmes et services touchés : leur gagne-pain est menacé, en plus des ressources dont dépendent leurs communautés.
Outre le risque de perdre leur emploi et le recul des initiatives tant attendues qui visent à reconnaître l’histoire coloniale du Canada, les fonctionnaires autochtones peinent de plus en plus à travailler pour le gouvernement fédéral. Les politiques strictes de retour au bureau aggravent une situation déjà difficile pour nos collègues autochtones, qui font beaucoup plus de plaintes pour harcèlement et discrimination que la moyenne des fonctionnaires du fédéral.
Des options de télétravail sans obstacle éviteraient aux fonctionnaires autochtones qui vivent dans leur communauté de retourner dans des bureaux inutiles et coûteux, ou de choisir entre leur milieu de vie et leur avancement professionnel alors que leur travail consiste à recevoir des appels virtuels.
Il existe d’autres solutions plus efficaces pour économiser tout en protégeant nos collègues autochtones et leurs droits. D’après ses propres prévisions, au cours de la prochaine décennie, le gouvernement pourrait économiser jusqu’à 40 milliards de dollars s’il poursuivait son projet de réduction des locaux à bureaux et revenait à des modalités de travail plus souples. Les fonctionnaires autochtones n’auraient plus à choisir entre leur carrière, leur sécurité ou leur communauté, et on pourrait investir les sommes économisées dans les programmes et les services qui visent la réconciliation.
Le travail difficile mais nécessaire défini par la Commission de vérité et de réconciliation n’en est qu’à ses débuts, et il souffre constamment de problèmes de financement, de retards et de demi-mesures. Les platitudes de Mark Carney ne servent qu’à occulter le démantèlement des programmes indispensables à la réconciliation, d’autant que le plan fédéral axé sur les grands projets soulève des inquiétudes quant aux droits des Autochtones.
La réconciliation, c’est une démarche concrète pour commencer à redresser les torts. Ne laissons pas la classe politique s’en servir pour nous jeter de la poudre aux yeux.
Nathan Prier
Président
Association canadienne des employés professionnels