Le premier ministre Mark Carney présente la protection de la langue française et de la culture francophone comme une ligne rouge dans les négociations avec Donald Trump. Aujourd’hui, l’Association canadienne des employés professionnels (ACEP), aux côtés d’autres syndicats du secteur public fédéral, de députés et d’organismes de langue française, exige que le gouvernement Carney respecte ce même engagement au pays, où les compressions, des outils d’intelligence artificielle (IA) peu fiables, la sous-traitance et des conditions de travail dangereuses minent la qualité des services linguistiques fédéraux qui protègent les droits, la langue et la culture des francophones.
Lors d’une conférence de presse sur la Colline du Parlement, l’ACEP, l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC), l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC), le whip et député du Bloc Québécois Yves Perron, le porte-parole en matière de langues officielles et député du Bloc Québécois Mario Beaulieu, le porte-parole en matière de travail et député du NPD Don Davies et l’Association internationale des interprètes de conférence (AIIC) ont exigé d’une même voix qu’au-delà de ses échanges avec Trump, Mark Carney passe de la parole aux actes en investissant dans les traductrices et traducteurs, les interprètes et les terminologues qui protègent les droits linguistiques des francophones au pays. Ils ont demandé au gouvernement d’annuler ses compressions et d’affecter des ressources suffisantes aux services linguistiques fédéraux pour que les francophones aient un accès égal aux services publics et aux délibérations parlementaires et puissent participer pleinement à la démocratie canadienne dans leur propre langue.
Les 800 traductrices, traducteurs, interprètes et terminologues du gouvernement fédéral que représente l’ACEP entameront les négociations en vue de leur prochaine convention collective le 21 octobre, après l’expiration de leur convention collective actuelle en avril. Leurs revendications démontrent le lien direct entre leurs conditions de travail et la protection du français : un encadrement rigoureux du déploiement de l’IA, des charges de travail raisonnables, des conditions de travail sûres, des normes de qualité garanties, ainsi que l’élimination de la sous-traitance en faveur d’un organisme fédéral de services linguistiques doté de ressources suffisantes.
La réduction de 25 % des effectifs sur cinq ans prévue par le Bureau de la traduction crée déjà un cercle vicieux. Les traductrices et les traducteurs doivent rogner sur la qualité et se contenter du « good enough », ce qui porte atteinte à leur intégrité professionnelle, les mène à l’épuisement et ne permet pas de respecter les normes nécessaires pour garantir un accès égal aux services dans les deux langues officielles. Au gouvernement fédéral, plus de 90 % des traductions sont effectuées de l’anglais vers le français. Si le gouvernement Carney continue sur cette voie, il risque donc de créer un système à deux vitesses, où les francophones deviennent des citoyen·nes de seconde zone et où l’égalité réelle entre les deux langues officielles est menacée.
Dans son Rapport annuel 2025-2026, publié le 8 octobre, la commissaire aux langues officielles, Kelly Burke, reconnaît le biais en faveur de l’anglais des outils d’intelligence artificielle et demande que la lentille des langues officielles soit intégrée à l’ensemble des stratégies, politiques et ressources fédérales en matière d’IA.
Le 19 octobre, l’ACEP a lancé une campagne sur le Web et dans les abribus du Québec et de la région de la capitale nationale, où on peut voir des publicités exigeant que Mark Carney cesse ses discours creux sur la Loi sur les langues officielles alors qu’il démantèle discrètement les services qui préservent les droits linguistiques des francophones.
CITATIONS
« Carney ne peut pas prétendre protéger le français, mais abolir les postes de celles et ceux qui font un travail essentiel pour garantir aux francophones un accès égal aux services publics. Les traductrices, traducteurs, interprètes et terminologues au Bureau de la traduction négocient pour obtenir les mesures de protection et les conditions de travail qui vont permettre de préserver et de maintenir l’intégrité des langues officielles au Canada. Nous voulons une entente qui garantisse que notre intégrité professionnelle et notre jugement ne soient jamais compromis au nom du “good enough”. »
– Antoine Hersberger, vice-président TR de l’ACEP
« Pour protéger les droits linguistiques des francophones, il faut investir dans les services publics et dans les travailleuses et travailleurs qui rendent ces droits possibles. Au lieu de cela, le premier ministre Mark Carney coupe dans les services de traduction et préfère miser sur l’intelligence artificielle et la sous-traitance, mettant ainsi en péril des emplois du secteur public. Le NPD est solidaire des traductrices et traducteurs, interprètes et terminologues du gouvernement fédéral, dont le travail est essentiel pour créer un pays réellement bilingue, et qui méritent les ressources, les protections et les conditions de travail nécessaires pour bien l’accomplir. »
-Avi Lewis, chef du NPD
« Notre milieu de travail est bilingue, mais le gouvernement fédéral fragilise les outils qui garantissent l’accès à des services linguistiques de qualité pour l’ensemble de la population. C’est un manquement à ses obligations envers les langues officielles du Canada. Nous sommes solidaires des traductrices, des traducteurs, des interprètes et des terminologues du gouvernement fédéral, qui se battent pour protéger leurs emplois et leur droit à un milieu de travail sain et sans danger. Ni l’IA ni la sous-traitance au privé ne peuvent remplacer leur expertise, leur jugement et leur sens des responsabilités. Le gouvernement devrait renforcer ces services publics essentiels, plutôt que de les sous-traiter et de mettre en péril nos services linguistiques. »
– Sharon DeSousa, présidente nationale de l’AFPC
« Les Canadiennes et Canadiens méritent des services linguistiques de grande qualité qui protègent leurs droits et leur garantissent une pleine participation à la démocratie. Ce n’est pas en faisant des compressions, en faisant appel à la sous-traitance ou en remplaçant des travailleuses et travailleurs qualifiés par l’intelligence artificielle qu’on y parviendra, mais bien en ayant recours à des professionnels compétents et fiables. Le gouvernement devrait renforcer ces services essentiels au lieu de s’en prendre aux droits du public et à la sécurité et aux emplois de ces professionnelles et professionnels. »
-Sean O’Reilly, président de l’IPFPC
« Il ne s’agit pas seulement d’un conflit de travail; c’est une lutte pour l’intégrité de nos services publics. Les compressions, la sous-traitance et l’utilisation d’outils d’intelligence artificielle peu fiables privent les institutions publiques de l’expertise dont elles ont besoin pour servir les francophones et défendre leurs droits. C’est une lutte pour la langue française et la culture francophone au Canada. Les traductrices et traducteurs, interprètes, terminologues et évaluateurs sont des fonctionnaires qui ont à cœur leur travail. Les syndicats du secteur public se tiennent solidaires à leurs côtés. Protéger les services dont dépendent les francophones, et l’ensemble des Canadiennes et Canadiens, c’est aussi protéger les personnes qui les assurent. »
-Ruth Lau MacDonald, vice-présidente exécutive régionale AFPC-RCN
« AIIC-Canada appuie nos collègues du Bureau de la traduction, dont plusieurs sont des membres actifs de notre association. Protéger les interprètes, c’est protéger le droit de chaque Canadien d’être entendu et compris dans la langue de son choix. Pourtant, les compressions, la précarisation de nos conditions de travail et les risques pour notre santé et notre sécurité menacent directement la qualité et la pérennité de nos services. »
– Alionka Skup, présidente d’AIIC-Canada