Enlever le droit de vote aux personnes démunies et confier les rênes de la démocratie aux milliardaires? On dirait une idée tout droit sortie du compte Truth Social de Donald Trump. Malheureusement, c’est ici même, au Canada, qu’est née cette proposition dystopique.
La semaine dernière sur X, un ancien cadre bancaire à la retraite a proposé un système de vote pondéré qui accorderait davantage de voix aux contribuables les plus riches et priverait complètement de leur droit de vote les personnes qui ne paient pas d’impôt. Tobias Lütke, PDG de Shopify, a répondu que c’était une « bonne idée ».
Lütke est allé encore plus loin en suggérant que les personnes âgées devraient toucher une retraite garantie, mais qu’elles deviendraient alors des personnes à charge sans droit de vote.
On ne parle pas ici de quelques trolls anonymes publiant des messages provocateurs juste pour faire réagir. Ce sont des « leaders » respectés du secteur privé et du monde de la finance. Le plus effrayant dans tout ça? Carney les écoute.
Nous savons déjà que Carney s’empresse toujours de répondre aux demandes du secteur privé. L’été dernier, par exemple, il n’a pas hésité à bafouer les droits constitutionnels des agentes et agents de bord d’Air Canada à la demande des dirigeants de la compagnie aérienne, et ce, malgré le soutien massif de l’opinion publique en faveur de ces travailleuses et travailleurs.
De plus, plusieurs éléments indiquent que sa politique de retour au bureau pour les fonctionnaires n’est rien d’autre qu’une aide financière accordée aux grandes banques. Lorsque les magnats de l’immobilier commercial et quatre des plus grandes banques du Canada ont exprimé leurs inquiétudes concernant leur exposition, d’un montant total d’environ 10 milliards de dollars, liée aux immeubles de bureaux, Carney a ordonné aux fonctionnaires de retourner au bureau quatre jours par semaine.
Sa politique de retour au bureau sert-elle les intérêts de la population canadienne? Non. Elle leur coûte cher en pertes de productivité et en coûts supplémentaires, qui pourraient atteindre 40 milliards de dollars au cours des dix prochaines années. Mais ces sommes sont directement versées aux institutions financières et aux acteurs de l’immobilier commercial qui ont refusé d’assumer les conséquences de leurs mauvais paris immobiliers lorsqu’il est devenu clair que le modèle du travail reposant sur un horaire classique de 9 à 5 était dépassé. Carney ne se contente pas de limiter leurs pertes; il les aide à réaliser des bénéfices sur le dos des fonctionnaires et des contribuables.
Qu’est-ce que tout cela signifie pour les Canadiennes et Canadiens ordinaires? On les plonge dans une situation de crise.
Carney a déjà pris des mesures pour intégrer davantage les intérêts des entreprises dans les activités du gouvernement. Et qui le soutient dans ses efforts? Les mêmes personnes qui estiment que leur vote devrait avoir plus de poids.
Fait intéressant : Lütke est l’un des fondateurs et un partisan de Build Canada, une plateforme d’entrepreneurs qui semble s’inspirer du projet DOGE d’Elon Musk. En 2025, le groupe a publié une proposition visant à intégrer des chefs d’entreprise à des postes clés du gouvernement. En décembre, le gouvernement libéral a lancé ce programme, lui donnant même le nom du groupe lui-même.
Leur PDG a d’ailleurs approuvé le projet de Lütke visant à priver les personnes âgées du Canada de leur droit de vote.
Les entreprises n’ont aucune intention d’améliorer le fonctionnement du gouvernement ni de rendre les services publics plus efficients. Leur seule motivation : leur propre intérêt. Leurs seuls questionnements : comment exploiter au maximum les contribuables pour gonfler leurs bénéfices? Comment s’assurer que le gouvernement soit toujours de leur côté pour intervenir lorsqu’elles en ont besoin?
Le gouvernement n’est pas une entreprise et ne doit pas être dirigé comme tel. Il ne doit pas non plus servir en priorité les intérêts des entreprises. Pourtant, Carney a toujours clairement fait savoir qu’il donnerait la priorité aux entreprises plutôt qu’aux Canadiennes et Canadiens ordinaires. Il privilégiera toujours les intérêts financiers plutôt que ceux de ses propres employé·es. Banquier un jour, banquier pour toujours.
Les Canadiennes et Canadiens doivent désormais s’unir pour protéger nos institutions contre la mainmise des grandes entreprises. Il devient en effet de plus en plus évident qu’il ne faut pas seulement se battre pour savoir comment notre argent est dépensé, mais aussi pour défendre les valeurs fondamentales de notre pays. Carney semble de plus en plus sortir les coudes contre les travailleuses et travailleurs du Canada, et les baisser devant les intérêts des grandes entreprises.
Il faut chasser les grandes banques, les lobbyistes des grandes entreprises et les « tech bros » du gouvernement afin qu’il puisse remplir sa mission : soutenir la population canadienne grâce à des programmes et des services efficaces, comme la surveillance et la lutte contre les feux de forêt. Les coupes budgétaires de Carney qui touchent les Canadiennes et Canadiens ordinaires et ses chèques en blanc pour soutenir les intérêts des grandes entreprises auront des répercussions sur la qualité de vie au Canada pendant des générations. Si personne ne tient tête à Carney dès maintenant, il pourrait bientôt être trop tard pour changer le cours des choses.