L’ACEP demande au premier ministre Carney de rendre des comptes sur le coût du RAB

C’est aujourd’hui qu’entre en vigueur l’obligation imposée par le gouvernement fédéral de travailler au bureau quatre jours par semaine, et l’ACEP demande au premier ministre Mark Carney de faire ce que son gouvernement refuse jusqu’ici de faire : expliquer à qui cette politique profite réellement.

Pour souligner cette journée, l’ACEP et ses allié·es ont remis à Carney une énorme facture indiquant le coût du retour au bureau (RAB) imposé aux travailleuses et travailleurs, aux contribuables et aux services publics, ainsi qu’un chèque géant destiné aux banques, dont le montant représente les économies auxquelles le gouvernement renonce en abandonnant la réduction de son parc immobilier de bureaux, pourtant déjà amorcée. En tant qu’ancien banquier, Carney devrait savoir comment interpréter ces chiffres.  

« On nous a servi toutes sortes de justifications creuses et insultantes pour le RAB, d’une meilleure collaboration aux “choix philosophiques”, a déclaré Nathan Prier, président de l’ACEP. Aucune ne tient la route, alors nous avons fait nos propres calculs. Une question demeure, et le premier ministre doit y répondre : cette politique protège-t-elle les travailleuses et travailleurs et les contribuables, ou protège-t-elle plutôt les banques et les investisseurs en immobilier commercial qui ont fait de mauvais paris sur les immeubles de bureaux? »

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Quatre grandes banques canadiennes affichent une exposition estimée à 10 milliards de dollars liée à l’immobilier commercial : la CIBC, à environ 6,1 milliards de dollars; la Banque Nationale, à 2,6 milliards; BMO, à 1,5 milliard; et RBC, à 550 millions. Pour des institutions qui assument un tel risque, le fait de pouvoir compter sur le personnel fédéral pour remplir les tours de bureaux des centres-villes représente un avantage bien réel.

Parallèlement, on demande à la population canadienne d’accepter des coupes dans les emplois, les programmes et les services fédéraux au nom de la « responsabilité budgétaire », pendant que le gouvernement renonce discrètement aux 40 milliards de dollars d’économies qu’il prévoyait déjà réaliser en réduisant son parc immobilier de bureaux. Le gouvernement fait ainsi une croix sur ces économies sans fournir la moindre explication.

Les liens de Mark Carney avec Brookfield rendent la question de l’intérêt public encore plus pressante. Avant de faire le saut en politique, Carney a occupé plusieurs postes de haute direction chez Brookfield Asset Management, une importante société d’investissement en immobilier commercial. Dans ses propres documents destinés aux investisseurs, Brookfield prévenait que le télétravail et le travail hybride risquaient de réduire la demande de bureaux, les taux d’occupation, les loyers et la valeur des immeubles. Pendant que Carney y travaillait, Reuters a rapporté qu’une filiale de Brookfield était en défaut de paiement sur des prêts liés à deux tours de bureaux à Los Angeles. Un dirigeant de la division immobilière de Brookfield a par la suite déclaré que le marché américain des bureaux était celui où l’offre dépassait le plus la demande à l’échelle mondiale. Rien de tout cela ne prouve que les intérêts du secteur de l’immobilier commercial aient influencé la décision sur le RAB, mais le silence du gouvernement sur cette question n’est plus acceptable.

« La question que se pose la population canadienne est simple : à qui cela profite-t-il?, a ajouté Nathan Prier. Si cette politique vise réellement à favoriser la collaboration ou la culture organisationnelle, que le gouvernement nous le prouve!  Pour l’instant, les seuls acteurs qui ont manifestement intérêt à ce que les bureaux fédéraux restent pleins sont les banques et les sociétés d’investissement immobilier qui ont besoin de les voir occupés. Les fonctionnaires méritent une réponse claire, tout comme les contribuables. »

L’ACEP demande au premier ministre Carney de rendre publique l’analyse sur laquelle repose la directive sur le RAB, notamment toute évaluation des risques liés à l’immobilier commercial ou de l’exposition du secteur financier, et d’expliquer pourquoi son gouvernement a abandonné 40 milliards de dollars d’économies prévues sans fournir de justification publique.