OTTAWA – Les paroles du premier ministre Mark Carney sur l’importance de bâtir une économie forte contrastent avec ses actions, qui traduisent clairement sa volonté d’affaiblir la fonction publique, de soutenir une réalité économique inaccessible à la plupart des Canadiennes et Canadiens, et d’ouvrir la porte aux intérêts privés axés sur le profit pendant que les systèmes publics craquent sous la pression.
« Si le gouvernement veut vraiment faire des économies, il devrait commencer par réduire les dépenses inutiles liées à la rénovation des bureaux en vue du retour des travailleuses et travailleurs, au parc immobilier, aux consultant·es et aux expériences risquées en matière d’IA, plutôt que de couper dans les soins de santé, la réconciliation et les programmes et services publics indispensables à la population canadienne », déclare Nathan Prier, président de l’ACEP.
L’ACEP remarque aussi que, si la comptabilité créative est monnaie courante, c’est maintenant à la créativité budgétaire que le gouvernement Carney se livre. Le système de santé canadien, la réconciliation et les services publics qui font la fierté du pays sont menacés, pendant que les sous-traitants extérieurs sont épargnés. Le gouvernement s’est vanté d’avoir réduit de 20 % ses dépenses en consultant·es, mais cette réduction ne concerne que la tranche de 5 milliards de dollars consacrée aux consultant·es en gestion et ne représente donc qu’une fraction des 23,1 milliards de dollars alloués dans ce domaine.
L’adoption du télétravail permettrait à l’État d’économiser 40 milliards de dollars sur dix ans tout en augmentant la productivité, comme le montrent les propres données du gouvernement. Contraindre les fonctionnaires à se rendre au bureau quatre jours par semaine nuira à leur productivité, ce qui coûtera des milliards de dollars aux contribuables. Cette somme augmentera certainement, puisque le gouvernement cherche à acquérir davantage de bâtiments pour répondre à l’augmentation du nombre de jours de présence obligatoire au bureau. Et ce, malgré ses promesses antérieures de réduire de moitié son parc immobilier, ce qui permettrait de libérer des bâtiments pour les transformer en logements sociaux, dont le besoin se fait cruellement sentir, ou pour répondre à d’autres besoins communautaires.
« On ne renforce pas le pays en obligeant la population à attendre plus longtemps pour obtenir des soins, du soutien et des services publics, ajoute-t-il. Affaiblir la fonction publique nuit à la qualité de vie des gens et ouvre la voie à la privatisation, qui privilégie le profit. Les soins de santé en sont l’exemple le plus flagrant : quand les gouvernements n’investissent pas suffisamment dans la prévention et les capacités du secteur public, les services d’urgence sont submergés, les délais d’attente s’allongent et la privatisation devient une option plus attrayante. »
Le gouvernement a déjà réduit les dépenses de santé, ce qui entraînera des répercussions à long terme. L’Agence de la santé publique du Canada a vu ses principaux programmes de prévention des maladies chroniques et de promotion de la santé être sabrés, au détriment de l’ensemble du système de santé.
Certains groupes de la population seront davantage touchés par les plans de dépenses du gouvernement. Les coupes importantes dans le Bureau de la traduction, qui perdra 25 % de ses effectifs d’ici 2030, et le recours excessif à une IA peu fiable font que les francophones de tout le Canada perdent l’accès à des services de haute qualité et risquent de recevoir des informations erronées de la part de leur gouvernement. De plus, le budget de Relations Couronne-Autochtones sera réduit de 62 % sur deux ans, ce qui compromettra sérieusement la capacité de ce ministère à respecter ses engagements en matière de réconciliation.
En ce qui concerne le Fonds pour un Canada fort, on ne sait pas exactement d’où proviennent ces sommes, mais l’ACEP estime qu’on ne peut pas renforcer la souveraineté en coupant dans les services publics, comme les soins de santé, et en réduisant les effectifs de la fonction publique, qui font la force du Canada, et créer ce fonds en même temps.