Violence conjugale: mobiliser employeurs et syndicats

le 10 décembre 2019

ChantalRegroupement Des Maisons Pour Femmes Victimes De Violence Conjugale

Aujourd’hui se terminent les campagnes nationales et internationales contre la violence fondée sur le sexe, et dans certains cas, axées sur la lutte contre la violence domestique faites aux femmes.

Un récent article récent paru dans la Presse intitulé Violence conjugale: les employeurs et syndicats appelés à agir mettait en lumière une campagne du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale  intitulée « Milieux de travail alliés contre la violence conjugale» conçu pour mobiliser employeurs et syndicats pour mieux soutenir les victimes.

La présidente du Regroupement, Chantal Arsenault, a eu la gentillesse de répondre à nos questions pour nous en apprendre plus sur leur campagne.

ACEP : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre campagne de sensibilisation Milieux de travail alliés contre la violence conjugale?

Chantal Arseneault : Le but de notre campagne est de faire prendre conscience aux entreprises et aux syndicats qu’ils peuvent faire la différence dans la vie des femmes victimes de violence conjugale. En effet, si la violence conjugale se passe généralement derrière des portes closes, il faut savoir que bien des conjoints violents vont poursuivre leur contrôle au-delà du seuil de la maison.

Il n’est pas rare qu’une victime de violence conjugale reçoive des appels, des courriels ou des textos incessants de la part de son conjoint, que celui-ci fasse irruption sur son lieu de travail ou qu’il l’attendre à la fin de sa journée travail. 

D’ailleurs, une recherche menée par l’Université Western, en collaboration avec le Congrès du travail du Canada[1], a montré qu’une travailleuse sur trois avait été victime de violence conjugale et la moitié d’entre elles ont indiqué que la violence se poursuivait au travail. 

ACEP: Quels sont les effets de la violence conjugale au travail?

CA : Évidemment, ces gestes ont un effet sur la victime elle-même. Perturbée par ce harcèlement, inquiète, apeurée, elle risque d’être moins productive. Certaines devront aussi s’absenter du travail pour cacher des blessures ou pour consulter un médecin ou un autre professionnel.

Mais la violence a aussi un impact sur leurs collègues qui peuvent être mal à l’aise, craindre d’être confrontés au conjoint, ou contraints de se partager le travail que la victime ne peut accomplir.  Pour les employeurs aussi, cette violence a des conséquences. Selon le Conference Board du Canada, 71 pour cent des employeurs ont dû faire face à une situation où ils devaient protéger une victime de violence conjugale[2].

ACEP : Quels sont les impacts pour les employeurs?

CA : La violence conjugale coûterait chaque année près de 78M$ aux employeurs. On comprend donc que la violence conjugale ne concerne pas seulement les victimes, mais aussi tout leur milieu de travail.

C’est pourquoi nous voulons encourager les employeurs et les syndicats à agir. Dans le cadre de notre campagne, plus de 1500 employeurs et syndicats québécois recevront une trousse de sensibilisation et d’information sur la problématique de la violence conjugale et sur les mesures pouvant être mises en place pour protéger et aider les victimes.

Cette trousse sera accompagnée d’un dépliant indiquant les coordonnées des 43 maisons d’aide et d’hébergement membres du Regroupement qui pourront offrir leur soutien et leur expertise aux employeurs et syndicats. Elles seront disponibles pour fournir de l’information, répondre à des questions, donner des conférences sur la problématique, conseiller des cadres ou des déléguées syndicales chargées de soutenir les victimes et, bien sûr, accueillir celles-ci si besoin.

C’est en agissant ensemble que l’on fera reculer la violence conjugale et tisser un filet de sécurité autour des victimes!

ACEP : Quelles actions suggérez-vous que les employeurs et les syndicats prennent pour s’allier avec les victimes de violence conjugale?

CA : Les employeurs peuvent charger un ou une cadre ou leur service des ressources humaines de soutenir ou d’orienter les victimes vers les ressources appropriées. Ils peuvent mettre en place des mesures pour limiter le harcèlement du conjoint violent comme filtrer les appels, changer le numéro de téléphone ou le courriel de la victime, prévoir son accompagnement dans le stationnement, modifier son horaire lorsque cela est possible ou encore procéder à une mutation de poste, accorder des congés à l’employée pour consulter un avocat, un médecin, pour préparer son départ du domicile, etc. 

Les syndicats peuvent quant à eux prévoir l’affichage de matériel d’information, organiser des activités de sensibilisation sur la problématique de la violence conjugale à l’intention des leurs employés et de leurs membres, notamment en partenariat avec une maison d’aide et d’hébergement (conférence, atelier, formation, journée thématique, etc.).

Ils peuvent sensibiliser l’employeur à l’importance d’agir et négocier des clauses dans les conventions collectives prévoyant des congés pour les victimes (notamment pour leur permettre de consulter des ressources) et s’assurer qu’elles ne subissent pas de mesures disciplinaires si elles doivent s’absenter à cause de la violence.

Conserver leur emploi est primordial pour les femmes victimes de violence conjugale. Sans un revenu assuré, il leur est encore plus difficile de quitter leur conjoint violent, de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs enfants et de faire face aux dépenses nécessaires pour réorganiser leur vie.

ACEP : Pouvez-vous nous offrir l’exemple d’une bonne action qui est déjà prise pour soutenir les victimes?

CA : Certains syndicats ont fait preuve d’initiatives en désignant et formant des intervenantes auprès des femmes sur les lieux de travail. Celles-ci sont dégagées pour accueillir et soutenir des victimes de violence conjugale et disposent d’un bureau et d’une ligne confidentielle à cette fin.

ACEP : Merci Chantal ! Ce sont là de bons conseils qui peuvent également s'appliquer aux hommes victimes de violence conjugale. Il y a des hommes qui subissent de la violence physique et mentale de la part de leur partenaire, un fait peu rapporté dans les médias. L'ACEP s'oppose fermement à toutes les formes de violence, que ce soit à la maison ou au travail, qui est perpétrée contre quiconque - femmes, hommes et membres de la communauté LGBTQ2+. Nous saluons et soutenons votre initiative!

Une nouvelle disposition pour les victimes de violence conjugale

Dans le cadre de son engagement à soutenir les victimes de violence, l’ACEP a réussi à faire inclure une disposition de « congé pour violence conjugale » dans les nouvelles conventions collectives*. Cette disposition, empreinte de compassion, a pour but de mieux aider nos membres qui sont victimes de violence. Les articles se trouvent ci‑dessous :

*   REMARQUE : nous avons été informés que les nouvelles conventions collectives devraient être disponibles sur le site Web du Conseil du Trésor très bientôt.

Les membres de la BdP et du DPB peuvent consulter l’article 19.18 « Congés payés ou non payés pour d’autres motifs » de leur convention collective respective pour demander un congé pour violence conjugale/domestique. Les membres devront consulter leur superviseur immédiat.

Comme ces questions sont particulièrement délicates, nous vous recommandons fortement de communiquer également avec votre agent ou agente de relations de travail.


[1] Wathen, C.N., MacGregor, J.C.D. et MacQuarrie, B.J.,(2014) Peut-on être en sécurité au travail quand on ne l’est pas à la maison?, Premières conclusions d’une enquête pancanadienne sur la violence conjugale et le milieu de travail, Université Western Ontario et Congrès du travail du Canada (CTC), Ontario, 13 p.

[2] Boyer, C. et Chénier, L. (2015), La violence familiale et le rôle de l’employeur, Conference Board du Canada