Les légionelles et les édifices occupés par la fonction publique

le 15 mars 2018

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Le Globe and Mail a révélé dans un article que Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC) a participé à un projet pilote permettant de détecter la présence de la bactérie Legionella. La nouvelle technologie mise au point par la société Spartan Bioscience d’Ottawa a confirmé la présence de la bactérie Legionella dans plusieurs édifices de la fonction publique fédérale, ce qui porte certains membres à se demander s’ils risquent de développer la maladie du légionnaire.

La nouvelle technologie proposée par Spartan Bioscience – le Spartan Cube – peut détecter la présence de Legionella en quelques minutes – ce qui constitue une nette amélioration par rapport aux délais requis par les tests habituels en laboratoire, qui peuvent atteindre jusqu’à deux semaines.

Bien que cette nouvelle technologie de détection de la Legionella soit intéressante, les membres doivent savoir que Services publics et Approvisionnement Canada a mené ce projet pilote en se souciant de la sécurité des fonctionnaires. La technologie de Spartan Bioscience n’est pas encore commercialisée et, selon nos sources, elle n’a pas encore été entièrement validée. Pour ces raisons, SPAC continue de procéder à des tests habituels en laboratoire parallèlement aux tests exécutés avec le Spartan Cube. Le protocole de lutte contre la bactérie Legionella du SPAC a été suivi pendant toute la durée du projet pilote.

« Je peux tout à fait comprendre que les membres puissent s’inquiéter, mais j’ai reçu l’assurance de SPAC qu’il avait fait preuve de la plus grande prudence, a déclaré le président de l’ACEP, Greg Phillips. Durant le projet pilote, SPAC a continué de suivre les paramètres prescrits dans le protocole de détection de la Legionella, qui a été élaboré en collaboration avec les syndicats de la fonction publique et qui respecte, voire dépasse les pratiques et les normes réglementaires. »

En 2012, 14 décès survenus à Québec étaient attribuables à la maladie du légionnaire. Le complexe touché abritait une fédération du travail, une banque, une beignerie et une clinique dentaire. À la suite de cette éclosion, Services publics et Approvisionnement Canada a contacté les syndicats afin de collaborer à l’élaboration d’un protocole de détection de la Legionella visant à réduire les risques dans ses édifices. Le ministère est responsable de 70 % des édifices fédéraux.

Le protocole vise à réduire la capacité de propagation de la bactérie Legionella et énonce les paramètres d’exécution de tests réguliers.

La bactérie Legionella ne devient dangereuse pour la santé humaine que lorsqu’elle passe dans l’atmosphère et qu’elle est inhalée. L’eau potable contaminée avec la Legionella ne cause pas la maladie du légionnaire, sauf si elle est inhalée. Les sources courantes de bactéries Legionella en suspension dans l’air comprennent les tours de refroidissement (où les gouttes d’eau sont atomisées), les pommes de douche, les cuves thermales, les fontaines à boire et les autres plans d’eau. Il faut surtout noter que la bactérie présente rarement un risque, sauf si elle atteint des concentrations élevées. Dans le cas des tours de refroidissement, on convient généralement que 10 à 1 000 unités formant des colonies (UFC) demandent une intervention, alors que tous résultats supérieurs à 1 000 UFC représentent une menace pour la santé et exigent une décontamination.

Les facteurs favorables à la prolifération de la Legionella comprennent une température variant entre 20 C et 50 C, la présence d’eau stagnante et le manque de salubrité des systèmes. Les propriétaires d’immeubles sont tenus d’effectuer des tests dans les tours de refroidissement et de les garder propres afin de prévenir la propagation de la bactérie.

Le protocole de lutte contre la bactérie Legionella du SPAC prévoit des tests mensuels dans les tours de refroidissement. Il exige que des mesures de désinfection soient prises lorsque la Legionella atteint entre 10 et 1 000 UFC/ml (niveau C2 - Orange). Si les niveaux dépassent les 1 000 UFC/ml (niveau C3 - Rouge), on doit prendre les mesures nécessaires pour arrêter la dispersion de l’eau et les tours de refroidissement doivent être nettoyées et désinfectées avant la remise en service du système.

Ces mesures sont conformes aux réglementations visant la Legionella dans les quelques endroits où elles sont en place. Le Québec est la seule province du Canada à appliquer un cadre réglementaire visant la Legionella; ce cadre prévoit des tests mensuels et des mesures correctives lorsque les résultats sont entre 10 et 1 000 UFC/ml, ainsi qu’une décontamination dans les cas où les résultats excèdent les 1 000 UFC/ml. La Nouvelle-Zélande, Singapour et la Ville de New York appliquent des réglementations exigeant l’adoption de mesures lorsque les niveaux dépassent 1 000 UFC/ml et des tests réguliers tous les 30 à 90 jours, selon la réglementation.

En bref, le protocole de lutte contre la bactérie Legionella de SPAC est à la fois prudent et en accord avec les autres cadres de réglementation. L’objectif devrait consister à étendre l’application du protocole aux autres édifices gouvernementaux qui ne relèvent pas de SPAC.

« Je souhaiterais la mise en place d’une stratégie pangouvernementale pour étendre ce protocole aux édifices qui ne sont pas gérés par SPAC, a déclaré M. Phillips. Trente pour cent des édifices gouvernementaux ne sont pas visés par le protocole. De plus, sans la mise en place d’une réglementation nationale, les édifices du secteur privé pourraient ne disposer d’aucun plan d’exécution de test. »

Selon les Centers for Disease Control and Prevention aux États-Unis, la maladie a connue une recrudescence au cours des dernières années. Dans un rapport publié en 2014, Santé publique Ontario observait une augmentation 39 % chaque année depuis 2009. On ne peut déterminer clairement si la maladie elle-même est en hausse en raison de l’utilisation accrue des tours de refroidissement avec l’augmentation des températures dans le monde ou en raison d’une meilleure sensibilisation des cliniciens. La maladie du légionnaire présente souvent les apparences d’une grave pneumonie et ne peut donc pas être diagnostiquée.

Les adultes d’âge mûr et les personnes âgées sont les plus susceptibles de contracter la maladie. Les personnes ayant un système immunitaire affaibli et les fumeurs courent aussi un risque plus élevé. On traite la légionellose au moyen d’antibiotiques, mais malheureusement, la maladie s’avère mortelle dans un cas sur dix.