Nos pensions menacées? Les canadiens ont le droit de connaître la vérité!Un message de Claude Poirier, président de l’ACEP

le 28 janvier 2010

Depuis plus de six mois, les rumeurs portant sur le régime de retraite de la fonction publique se sont accentuées. Bien entendu, nous sommes habitués à ce que les politiciens utilisent les fonctionnaires comme cible pour s’attirer la sympathie du grand public.

Par contre, lorsque ces mêmes politiciens ont recours à des organismes se disant « indépendants » pour justifier leurs positions, l’Association canadienne des employés professionnels se doit de corriger le tir. En effet, le C.D. Howe Institute a publié en décembre une étude « indépendante », fort probablement commandée directement ou indirectement par quelqu’un sur la Colline. Selon cette étude, le régime de retraite des fonctionnaires fédéraux fait face à un déficit majeur et cela, à brève échéance.

Rien de plus faux! L’étude part du principe que le régime cesserait ses activités demain matin. En réalité, un régime de retraite est évalué comme s’il continuait. Je m’explique : il y aura toujours de nouveaux cotisants et les ressources nécessaires seront toujours analysées au fur et à mesure. Contrairement à l’hypothèse retenue par le C.D. Howe Institute, l’actuaire en chef du gouvernement du Canada travaille avec l’hypothèse que le régime sera maintenu. Tout comme le font tous les spécialistes du domaine, qu’ils soient dans le domaine bancaire ou dans le secteur des assurances (principaux fournisseurs de rentes de retraite). Le C.D. Howe Institute fait cavalier seul dans son analyse. Les experts « indépendants » à la solde du gouvernement.

De plus, l’étude de C.D. Howe fait abstraction de deux faits très importants dans une étude qui devrait pourtant être un peu plus sérieuse. Premièrement, l’employeur (le gouvernement du Canada) s’est octroyé un congé de contributions au régime au début des années 1990. En effet, l’un des partenaires a décidé que le régime était suffisamment en santé pour ne pas y contribuer pendant de nombreuses années. L’étude est silencieuse sur cet abus évident de la part du gouvernement. Deuxièmement, le même gouvernement, jugeant que le régime possédait des surplus injustifiés, a décidé vers la fin des années 1990 qu’il avait le droit de s’emparer de l’argent versé par les fonctionnaires. Ainsi, 33 milliards de dollars ont disparu du fonds et ont été affectés au paiement de la dette du Canada. L’étude ne fait pas mention d’une pareille escroquerie. Les commanditaires de l’étude n’en ont peut-être pas parlé.

Lorsqu’on veut se débarrasser de son chien, on dit qu’il a la rage. C’est exactement ce que le gouvernement du Canada fait avec ses fonctionnaires : ils bénéficient d’avantages beaucoup trop généreux, il faut corriger le tir. Et si c’était le reste de la population canadienne qui n’est pas traitée comme il se doit? Les députés fédéraux qui, après quinze ans, touchent 60% de la moyenne de leurs 5 meilleures années auront de la difficulté à expliquer aux électeurs canadiens pourquoi ils attaquent les fonctionnaires à qui il faut pourtant trente ans pour toucher le même avantage. Et n’oublions pas que les fonctionnaires contribuent au régime, on ne leur fait pas de cadeau.

La technique aurait pourtant dû nous être familière. L’ex-président des États-Unis, Georges W. Bush, a tellement utilisé l’expression « armes de destruction massive » qu’il a réussi à justifier d’envahir l’Irak, même si on n’a jamais pu trouver ces fameuses « armes de destruction massive ». Notre Bush à nous répète sur toutes les tribunes l’expression « généreux régime de retraite dont bénéficient les fonctionnaires fédéraux ». À force de le répéter, il réussira à convaincre la population canadienne qu’il est justifié de sabrer dans le régime. Quel mensonge injustifié!

Je conclurai par une mise en garde. Certains d’entre vous, principalement ceux qui sont admissibles à la retraite grâce à la formule combinée de 55 ans et de 30 ans de service ouvrant droit à pension, craignent de perdre ce droit. Ne vous laissez pas emporter par les rumeurs. L’ACEP travaille de concert avec les autres syndicats de la fonction publique fédérale et surveille les agissements de votre gouvernement.

En effet, les 18 agents négociateurs de la fonction publique se sont réunis les 19 et 20 janvier dans les locaux de l’ACEP pour discuter de la situation et pour adopter une stratégie face à cette nouvelle forme de criminalité en cravate. Le 21 janvier, nous avons aussi rencontré les représentants du Conseil du Trésor, à qui nous avons pu poser des questions sur leur rôle dans ce dossier. L’affaire semble entièrement politique.

Les Vincent Lacroix, Earl Jones et Bernard Madoff de ce monde finissent en prison. Les criminels en cravate au pouvoir à Ottawa devraient savoir ce qui les attend quand la population jugera leurs actes. Dans l’intervalle, l’ACEP, en collaboration avec les 17 autres syndicats de la fonction publique, sera prête à défendre vos intérêts.

Le président,

Claude Poirier