La grève de l’APASE en 2013 : leçons et succès

En 2013, pour la première fois de leur histoire, les membres de l’Association professionnelle des agents du service extérieur (APASE) ont dû recourir à des mesures de grève afin de conclure une convention collective pour le renouvellement de leur convention collective avec le Conseil du Trésor en 2013.

Mais rapidement, alors que l’APASE se relevait les manches afin de mettre en place une structure de mobilisation efficace, le syndicat s’est tourné vers ses membres afin de leur demander de jouer un rôle plus actif. En quelques semaines, un réseau de 150 délégués du syndicat chargés d’informer les membres de l’état des négociations et des moyens de pression à venir était créé.

L’APASE compte 1350 membres, des agents du service extérieur. Leur principale revendication à la table visait à réduire le fossé entre les salaires des FS et ceux des membres EC de l’ACEP et des membres de l’IPFPC qui ont une classification équivalente. Le gouvernement a refusé de bouger.

À la mi-mars, l’APASE a tenu un vote auprès de ses membres. 75 % des membres ont voté et à 82 % l’on fait en faveur de moyen de pressions pouvant aller jusqu’à la grève. Les moyens de pression ont commencé le 2 avril 2013.

Un premier moyen de pression contesté par l'employeur

Comme premier moyen de pression l’APASE a demandé à ses membres d’ajouter à la signature de leurs courriels une note indiquant que les négociations étaient rompues avec le gouvernement et expliquant les enjeux  de la négociation. L’employeur n’a pas tardé à répliquer et a menacé les agents de mesures pouvant aller jusqu’au congédiement si ce message n’était pas retiré. Les membres ont obtempéré. Toutefois, ils ont adopté des mesures de grève qui n’ont pas été contestées par l’employeur comme la fermeture des cellulaires après 17h et le refus de faire des autres tâches que celles prévues à leur description de tâches.

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Piquetage de l'APASE en août 2013 à Ottawa.

 

Pour l’APASE, la mobilisation des membres a été la clé. Leurs membres sont présents dans 180 missions du Canada à l’étranger et dans la région de la capitale nationale. Dès le début des moyens de pression du syndicat, l’employeur a posé un premier geste en bloquant tout courriel en provenant de l’APASE envoyé aux membres par l’entremise du système de courriel du gouvernement. L’APASE a alors mis en place une structure de communications et s’est employée à recueillir rapidement courriels personnels et numéros de téléphone à la maison de nos membres. C’est un conseil que l’APASE a transmis à l’ACEP : il vaut mieux débuter cette opération maintenant que d’attendre que l’employeur bloque nos communications et nous oblige à recueillir ces renseignements en catastrophe.

Un réseau à l'écoute des membres

L’APASE a mis sur pied un comité de moyens de pression formé de huit personnes. Ce comité a travaillé en étroite collaboration avec les 150 membres du réseau des coordonnateurs présents dans presque tous les milieux de travail.

Grâce à ce réseau des coordonnateurs, l’APASE a pu créer, maintenir et distribuer la liste des adresses, courriels personnels et numéros de téléphone des membres. De plus, le réseau était une manière pour l’APASE de répondre rapidement aux questions des membres et d’être les yeux et les oreilles du syndicat dans les milieux de travail. Le réseau se réunissait deux fois par semaine, par téléconférence. Il y avait un compte-rendu, des réponses aux questions les plus posées et un rappel de l’objectif des moyens de pression. Le responsable du réseau avait également pour tâche de répondre aux courriels des membres. Pour l’APASE, ce réseau s’est avéré indispensable pour s’assurer de l’impact des moyens de pression.

En avril, les membres ont créé le « service de pause-café des agents du service extérieur » qui organisait des pauses-café collectives dans les milieux de travail. Ces infos étaient gardées secrètes jusqu’à quelques minutes avant la pause-café et relayées par courriel aux membres touchés. Le réseau a également mis en place des campagnes d’habillage créatif pour attirer l’attention du public sur les enjeux et rappeler la solidarité des membres à l’employeur.

Compte tenu de l’éparpillement de ses membres, le syndicat a créé deux pages Facebook afin de permettre aux membres d’échanger. Un groupe secret ouvert à tous les membres et un autre réservé au seul réseau des coordonnateurs. Ces pages permettaient aux membres d’échanger, de partager des stratégies de moyen de pression et de briser la solitude de certains membres qui sont seuls dans leurs milieux de travail. Ces groupes ont permis de canaliser plusieurs idées, tout en s’avérant un efficace baromètre de l’état d’esprit des membres.

Dans le bilan qu’il a fait de sa grève, l’APASE a identifié les ingrédients qui ont permis le succès de la mobilisation de ses membres. En tout premier la solidarité constante des membres. C’est l’attitude du gouvernement qui a soudé les membres et renforcé leur besoin d’être ensemble. Deuxièmement, la mise en place d’un réseau efficace de communications a grandement contribué au succès de la mobilisation. Le leadership du syndicat a utilisé le réseau pour écouter les membres et répondre à leurs questions rapidement. En outre les communications étaient bidirectionnelles, le leadership informant les membres et les membres apportant leurs idées et suggestions. 

Des courriels personnels indispensables

Alors que l’ACEP entreprend une campagne pour inciter ses membres à lui donner leurs courriels personnels et que certains expriment leur réticence, il est bon de se rappeler que l’APASE a fait face au même défi. Selon les responsables de l’Association professionnelle des agents du service extérieur, les réticences sont tombées lorsque des membres qui avaient refusé de donner leur courriel personnel ont constaté qu’ils étaient souvent les seuls à ne pas être informé d’une stratégie ou d’un moyen de pression.

Comme entend le faire l’ACEP, l’APASE a adopté une stratégie de grèves ciblées afin qu’un nombre limité de membres soient en grève, mais dans des secteurs névralgiques. L’APASE a choisi des moyens de pression très décentralisés, ne touchant que des missions ou endroits bien ciblés. Cela a permis de rembourser 100 % des salaires des membres en grève. Les membres ont en outre développé des manières créatives de ne pas faire le travail de leurs collègues en débrayage. Ils ont multiplié les consultations avec les collègues avant de remettre leur travail et se sont limités aux heures normales de travail. À la longue, les gestionnaires ont appris à ne pas essayer de faire faire le travail.

Durant les quelque cinq mois durant laquelle l’APASE a été en grève, seuls deux ou trois débrayages organisés pour l’ensemble des membres ont été faits sur base volontaire et sans que les salaires perdus ne soient remboursés par le syndicat. Les membres de l’APASE ont compris qu’il fallait faire certains sacrifices s’ils souhaitaient obtenir ce qu’ils voulaient.

L’APASE a conclu une entente avec le Conseil du Trésor le 26 septembre 2013, entente approuvée un mois plus tard par une grande majorité des membres.

Fait à noter, l’APASE a mis en place un plan de « démobilisation » à l’issue de la grève, plan qui consistait dans les milieux de travail à rebâtir les ponts entre les membres et leurs gestionnaires et collègues des autres syndicats. Cette démobilisation a donné lieu à des gestes de réconciliation comme des notes de remerciement, du café et des gâteaux offerts aux collègues et supérieurs touchés par les mesures de grève. Selon l’APASE, cela a permis de rétablir les ponts et a eu un effet très positif.